par Johan Rochel

Les philosophies de la cité, ces étoiles à découvrir

La philosophie se porte à merveille, merci pour elle. Le public l’acclame et se presse de lire les philosophes les plus applaudis du moment. Ne boudons pas notre plaisir. Pour ces stars comme pour le grand public, la visibilité accrue de la philosophie est une excellente nouvelle.

Pour ces stars comme pour le grand public, la visibilité accrue de la philosophie est une excellente nouvelle. Dans un texte pour L’Hebdo, André Comte-Sponville diagnostiquait il y a peu un véritable «besoin de philosophie». A l’heure où les repères traditionnels perdent de leur superbe, l’exercice philosophique promeut à la fois un savoir-faire et un savoir-être : aiguiser sa pensée critique et ses capacités réflexives tout en développant ses compétences à appréhender différentes visions du monde.

Mais trêve d’autosatisfaction corporatiste! Le potentiel de la philosophie attend encore d’être découvert. En effet, la philosophie ne saurait se réduire à un enseignement sur la vie bonne, sorte de sagesse tout public gentiment épurée d’éléments religieux devenus trop gênants. Le philosophe devrait-il se résumer à cette figure de l’ami qui vous veut du bien et vous guide vers l’accomplissement personnel et la paix intérieure? Où donc se cachent les autres visages de la philosophie qui font la richesse et la diversité de cette magnifique discipline?

Il est grand temps de convoquer ces philosophies sur la place publique. Elles y vont parfois bon an mal an, avançant à reculons sous le regard intéressé, mais critique, du grand public. Au fond, que fait un philosophe et à quoi peut-il bien servir? Pour répondre à ces questions légitime sont la responsabilité, mais également l’immense opportunité, d’esquisser les philosophies de la Cité.

A travers une série de contributions de la génération montante des philosophes suisse-romands, l’Hebdo, L’association «Philosophie.ch» et «Ethique en action» veulent  mettre en lumière ces philosophies de la Cité.  Dans les semaines à venir, les auteurs traiteront de négociations climatiques, de libéralisme politique, de perception des couleurs, du dépassement de l’être humain ou encore de notre rapport aux objets de consommation. Par leurs réflexions, ils déclineront une vaste palette de questions philosophiques.

Au fil des textes, les philosophies de la Cité prendront un contour plus précis. Premier constat: les philosophes ne sont pas condamnés à un effort d’interprétation des classiques. De Platon à Kant, les textes fondateurs restent une source de connaissances inestimable, mais le talent du philosophe ne se résume pas à livrer la bonne citation au bon moment. Se limiter à l’histoire des idées ne suffit pas, il faut faire fructifier ces savoirs dans le contexte qui est le nôtre. A ce titre, les philosophies accompagnent de leur regard critique les avancées scientifiques. De la physique à la génétique, les philosophes sont des interlocuteurs privilégiés des sciences naturelles. A leur manière, ils jouent un rôle essentiel dans l’innovation et les nouvelles frontières de la connaissance.

Deuxième constat: les contributions proposées par L’Hebdo et ses partenaires mettent en exergue l’ambition des philosophes d’inscrire leurs réflexions et leurs actions au cœur de la Cité. Ces philosophies se font « politiques », au contact des citoyens et des défis auxquels nous devons collectivement faire face. Au regard de cette philosophie engagée, jamais le reproche de la Tour d’ivoire n’a été si peu à propos. Vivement que ces philosophes (se) donnent de la voix.